Aujourd’hui, plus de 30 000 étudiants suivent des études de pharmacie en France. Certains rejoindront la filière officinale et seront de véritables acteurs du système de soins de proximité. Ces futurs confrères sont motivés par leurs études et ont envie de faire évoluer le secteur. Valentin Legrand, en 6ème année d’étude de pharmacie et vice-président en charge des Perspectives Professionnelles à l’ANEPF (Association Nationale des Etudiants en Pharmacie de France), partage avec nous ses idées pour apporter un souffle nouveau à la formation et nous confie également son avis concernant l’image de l’officine chez les étudiants. 

Comment a évolué la formation officinale ? 

Une nouvelle réforme s’est mise en place cette année scolaire 2020/2021, concernant l’ensemble des étudiants en santé pour leur première année d’étude et remplacer la PACES. Aujourd’hui, pour accéder aux métiers de la santé, il y a 2 voies d’accès : le PASS (Parcours Accès Santé Spécifique) et le LAS (Licence à Mineure Santé). Dans ce contexte actuel, cette réforme a dû mal à se concrétiser comme prévu sur le papier. On peut citer comme exemple qu’à quelques semaines des examens, les modalités de ces derniers ne sont pas encore connues des étudiants dans certaines villes. C’est désastreux en termes d’égalité des chances d’une ville à une autre, en termes de stress occasionné et ce n’est tout simplement pas normal

Au niveau du contenu des études, à ma connaissance, il y a eu très peu d’évolutions au sein de la formation. Les mêmes matières avec les mêmes méthodes sont toujours enseignées. Alors qu’en 5 ans, pour ne citer que ces dernières années, le métier de pharmacien d’officine a vu croître de manière importante les compétences qui lui été confiées. Aujourd’hui, en tant qu’étudiant en 6ème année, je constate un décalage entre la formation, l’évolution de la profession et nos envies à nous, futurs pharmaciens.

Nous aimerions améliorer la professionnalisation de la formation avec l’enseignement de nouvelles matières en lien avec le rôle social des pharmaciens et à l’utilisation d’outils numériques dédiés à la santé. Nous attendons avec impatience le DES officine, c’est à dire la réforme du 3ème cycle des études de pharmacie pour le parcours officine afin d’accéder plus facilement à des innovations pédagogiques.

Justement, quelles seraient, concrètement, les recommandations que vous aimeriez diffuser pour faire évoluer la formation officinale ?

Lors de la PACES, notre année commune avec les autres étudiants en santé, nous avons eu l’occasion d’échanger avec eux et découvrir les autres professions. Il serait judicieux, à mon sens, de poursuivre ces partages durant toute la formation notamment avec les futurs prescripteurs pour une meilleure coordination sur le terrain. Chaque étudiant en santé semble avoir cette envie de travailler en commun et de casser les codes initiaux qui peuvent avoir tendance à créer des barrières relationnelles entre professionnels. Il est important de bien connaître les compétences et les rôles de chacun pour mieux travailler ensemble. On a tout à y gagner et le parcours de santé de chaque patient sera beaucoup plus fluide. 

Cependant, dans les faits et une fois sur le terrain on constate que les outils professionnels à disposition ne favorisent pas ce partage de connaissance et d’expérience car chaque métier a ses propres logiciels et outils informatiques. Et nous continuons à communiquer archaïquement avec le fax 😉 On peut soulever le manque d’interopérabilité qui est un problème bien connu et le manque d’accès aux données de santé.

Durant notre formation, aussi, nous aimerions avoir plus d’exercices de simulation et de cas comptoir pour se mettre en situation notamment grâce à la pharmacie pédagogique. Elle existe depuis une dizaine d’années dans les universités de pharma mais est totalement sous exploitée. Nous aurions besoin de travailler sur la posture à avoir au comptoir, la relation avec le patient et l’écoute. Notre cursus actuel se focalise sur la justesse du conseil mais ça ne fait pas tout.

Aujourd’hui, dans ce contexte sanitaire, il est important de renouveler le contenu de la formation avec de nouvelles matières notamment concernant l’antibio-résistance, la santé environnementale & le rôle social du pharmacien d’officine pour prévenir, aider à faire face aux prochaines épidémies et aussi pour tirer leçon du contexte sanitaire actuel. 

Comment est considérée la filière officinale aux yeux des étudiants depuis une dizaine d’années ?  

Depuis plusieurs années la filière officinale était moins choisie que l’industrie ou l’internat. En effet, la pharmacie souffrait d’une image peu attractive, soutenue par un contexte de crise économique en plus de la menace de l’ouverture du capital. Trop souvent, aussi, elle avait à tort une image de simples « commerçants », beaucoup moins depuis la mise en place de nouvelles missions.

Récemment, la tendance s’est inversée. D’ailleurs, ceux qui avaient justement choisi l’industrie reconnaissaient qu’ils aimeraient retrouver l’officine d’ici une dizaine d’années. Aujourd’hui, le métier du pharmacien s’est recentré autour de l’accompagnement du patient revalorisant ainsi son image

Est-ce que la crise sanitaire a participé au changement de l’image de l’officine ? 

Oui, tout à fait ! Le rôle du pharmacien a beaucoup évolué durant cette crise sanitaire et il a su se montrer indispensable. En première ligne aux côtés des autres soignants, les pharmaciens ont, en plus de délivrer conseils et médicaments, acquis de nouveaux rôles comme la mise en place des tests antigéniques et PCR et maintenant la vaccination contre la covid, qui vient se rajouter à celle déjà effectuée contre la grippe. Une tendance positive qui s’accroît. D’autant plus qu’Olivier Véran, actuel Ministre des Solidarités et de la Santé, s’est montré ouvert à l’élargissement des compétences vaccinales lors de la visioconférence du 10 mars 2021 organisée avec l’Ordre à destination des pharmaciens.

Thibault Winka, Product Manager chez Team-officine, complète ces propos grâce à son expertise dans le recrutement en pharmacie : « En effet, c’est une très bonne chose que la filière officine ait un regain de popularité parmi les étudiants. Aujourd’hui nous constatons une véritable pénurie de diplômes (pharmaciens mais aussi préparateurs) sur le marché de l’emploi en pharmacie. Les pharmacies ont clairement de grosses difficultés à recruter, même au niveau de certaines villes universitaires. Les nouvelles missions tournées autour du service participent à la revalorisation de la profession et c’est une bonne chose. Les titulaires vont bientôt pouvoir compter sur une nouvelle génération de jeunes pharmaciens qui vont arriver en nombre plus important. Je pense qu’ils vont les attendre avec impatience ! »

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