Publié le : 27 décembre 2022 - Modifié le : 27 décembre 2022

Quel avenir pour les études de pharmacie et pour la pharmacie ?

Bienvenue sur la retranscription de notre live sur les études en pharmacie et leur avenir.

Nous parlerons également de manière plus large de la profession de pharmacien d’officine.

Ce live fait suite à celui du mois dernier où nous recevions l’ANEPF pour faire le point sur une rentrée particulière dans un contexte où 10 à 15 000 postes sont à pourvoir en officine. Les études en pharmacie, réformes, avenir et position de l’ANEPF.

Retrouvez les replay de ces lives sur notre chaine Youtube.

 

Aujourd’hui, nous souhaitons avoir un autre regard sur la situation.

Nous recevons donc : 

  • Gaël Grimandi, Doyen de la faculté de pharmacie de Nantes et Président de la conférence des doyens de pharmacie.
  • Guillaume Racle, pharmacien officinal et conseiller USPO. Et comme il se décrit, pharmacien engagé pour l’innovation au service de santé.

 

Petite parenthèse, Gaël Grimandi, que signifie être Président de la conférence des doyens de pharmacie ?

Gaël : Pour faire simple, je suis le chef d’orchestre de cette association qui se réunit pour parler des évolutions de la profession, des études, etc.

Je suis aussi l’interlocuteur des autorités de tutelle sur la démographie des étudiants, les diplômes et leur porté, sur l’organisation tout ce qui a attrait à la formation des pharmaciens.


 

Pourquoi la rentrée en deuxième année de pharmacie est-elle si difficile ?

Gaël : C’est très compliqué de répondre à cette situation-là, c’est se dire comment peut-on avoir moins 1100 étudiants sur les 3000 que nous recrutons chaque année ? On n’arrive pas forcément à retirer tous les éléments. Mais, on remarque que, quel que soit le modèle depuis la réforme des PASS (Parcours d'Accès Spécifique Santé) et des LAS (Licence Accès Santé), nous sommes en déficit de recrutement.

Et pour ceux qui ont tiré leur épingle du jeu, c’est qu’ils ont utilisé tous les systèmes dérogatoires et ça a permis de compléter le nombre d’étudiants.

Et on ne l’a pas vu, car la première année de la réforme PASS et des LAS, on a eu les étudiants redoublants de la 2e année de PACES (Première Année Commune aux Études de Santé). On n’imaginait pas cette situation aujourd’hui.

 

Alors pourquoi  cette situation déficitaire ?

 

On pense que le système n’est pas du tout lisible aujourd’hui. Les étudiants se déterminent sur ses études au niveau de parcoursup donc en première ou terminale. Et s’il ne l’a pas fait là, quand il se détermine sur la santé, c’est plutôt médecine. Et une fois qu’il est absorbé dans un système complexe des PASS, LAS, mineurs et majeurs, avec son travail à fond, et il ne se préoccupe pas de ce qui va se passer après. S’il peut passer en médecine, alors il continue. Mais finalement, il n’a jamais vraiment réfléchi à ce qu’il veut faire.

Si on peut résumer, le système PASS/LAS a dégradé le système PACES qui nous avait déjà couté un peu cher, car avant on recrutait 100 places d’étudiants et on avait 400 à 500 demandes (à Nantes).
 

Les maïeutiques ont le même problème que nous et médecine n’est pas à l’abri.

Il y a encore beaucoup d’étudiants qui vont à l’étranger pour faire leurs études, car le système de santé est plus simple qu’en France.
 

 

Guillaume, toi qui es diplômé depuis moins de 5 ans, quel est ton regard par rapport à tout ça ?

Guillaume : On a un nouveau système perfectible, mais l’ancien n’était pas parfait. Je suis passé par un système, la PACES, qui était une boucherie. On désorientait beaucoup d’étudiants.

Avec la PACES on avait masqué la visibilité de nos métiers et nos enseignements. Une étude a montré que le choix de pharmacie était souvent un second choix et non un premier choix. 

Aujourd’hui, notre métier n’a jamais eu aussi bonne presse, il a été mis en avant par la crise sanitaire et encore aujourd’hui avec toutes les nouvelles missions du pharmacien.

Mais le rôle du pharmacien n’a pas beaucoup de visibilité auprès d’un lycéen. Il faut retravailler sur les effets de bord que peut avoir la réforme et d’autre part, communiquer et rendre le métier plus visible, car c’est un métier attractif et qui a de l’avenir.

 

Gaël : Pour rebondir, aujourd’hui l’officine est un endroit stratégique et sur 100 étudiants, il y en a 60 qui vont en officine et les 40 autres vont ailleurs. Il faut montrer toute les possibilités du métier de pharmacien, et sa diversité.

Aujourd’hui on a envoyé beaucoup d’étudiants dans les lycées et on se rend compte que les conseillers d’orientation ne savent pas ce qu’est le métier de pharmacien. Donc ils ne vont pas orienter les étudiants dans cette direction. Et ça, c’est dramatique.

Pour clore le sujet, nous sommes pour une entrée via parcoursup, en première année de pharmacie, de manière classique.

 

Thibault : Donc pour résumer, la position de la conférence des doyens est de sortir de la première année commune de santé et de choisir directement sa filière dès la 1ère année. Ce qui fait sens, car étant pharmacien diplômé en 2007, on choisissait dès le début et c’était plus simple.


 

Pourquoi y a-t-il de telles disparités entre certaines facs qui remplissent les bancs et d’autres non ?

Gaël : De mon côté, je n’ai pas de réponse à cette question. Aujourd’hui l’organisation des enseignements est dépendant des universités. Certains ont fait des répartitions équilibrées par rapport aux ECTS (European Credits Transfer System en anglais, soit système européen de transfert et d'accumulation de crédits en français), et d’autres ont chargé les enseignements. Et les étudiants sont épuisés et passent à autre chose.

Mais on ne peut pas dire que c’est le bon modèle. C’est encore compliqué.
 

Guillaume : Il y a aussi des dynamiques qui sont créées dans certaines universités avec des étudiants qui vont dans les lycées et ça, ça peut jouer. Comme je le disais tout à l’heure, ça permet d’améliorer la visibilité auprès des futurs arrivants. Et selon moi, ça peut-être un levier pour les universités : grâce à des ambassadeurs.

L’idée est aussi d’adapter sa communication aux supports que les jeunes utilisent : des campagnes Instagram, TikTok, des bandes dessinées, etc.
 

Gaël : Je pense que l’officine peut-être un bon vecteur pour promouvoir la profession de pharmacien et ses divers métiers. Les parents attendent dans les officines. C'est un lieu qui peut aussi servir de canal de communication. Les parents pourront échanger avec les enfants ensuite.

 

 

Plan d'action de l'Ordre des pharmaciens

Thibault : On a vu passé un article de l’ordre qui dit parle d’un plan d’action. Voici quelques points évoqués : 

  • Mieux faire connaître les métiers de la pharmacie dès le collège et lycée
  • Réactiver la campagne de promotion
  • Rendre plus visible dans parcoursup les études de pharmacie

 

Nous avons déjà évoqué ces points.

Un autre est cité : séminaires d’attractivité au niveau régional avec les syndicats, les doyens, les étudiants.
 

Est-ce déjà en place ?

 

Gaël : Je n’en ai pas entendu parler de notre côté, mais j’y ai déjà réfléchi un peu. On pourrait créer une permanence pharmaceutique tous les samedis matin ou les parents et les enfants pourraient venir et échanger sur les études de pharmacie de manière informelle. Le but est de démystifier les choses. Aujourd’hui, si vous avez la moyenne, vous pouvez faire pharmacie.

 

Guillaume : Oui, le CHU d'Amiens est par exemple très mobilisé de ce côté-là. Un centre de simulation Simusanté a été créé, toutes les professions sont réunies et des journées « Prête-moi ta blouse » sont organisées, où les étudiants peuvent échanger avec les professionnels. Ils sont immergés dans la réalité.

On peut coupler ça avec l’accueil de stagiaires de 3e dans les officines ET s’occuper d’eux quand ils sont là en stage. Se pencher sur le programme du stage et lui donner envie de se tourner vers les études de pharmacie. Ça vaut aussi pour les stages de deuxième année de pharmacie. 

 

Gaël : On est dans un paradoxe, car le métier est bien, il plait, mais on n’arrive pas à recruter de nouveaux étudiants, à attirer. On peut noter que 99 % des étudiants sont satisfaits de leurs études.

 

Thibault : Je vais rebondir sur ce chiffre et peut-être le modérer. Quand on regarde les chiffres de la démographie pharmaceutique publiés par l'Ordre des pharmaciens, on s'aperçoit que l'écart se creuse entre (l'ancien) numerus clausus et le nombre de pharmaciens inscrits à l’ordre. Donc le métier plait, mais il y a quand même certaines choses à investiguer de ce côté à mon avis.
 

Une dernière proposition de l’ordre qui est plus de fluidité en favorisant les passerelles entre les métiers.


 

Que pensez-vous des passerelles entre les métiers ?

Guillaume : Il y a un phénomène sociétal qui montre que les métiers en présentiel ont un peu moins d’attractivité. De nombreuses personnes changent de métier au cours de leur vie.

J’ai des amis qui ont déjà travaillé dans 2 laboratoires pharmaceutiques différents et qui basculent en officine aujourd’hui. Et il ne faut pas voir ça de façon négative.

En fonction de son contexte de vie, on peut faire plusieurs métiers avec le diplôme de pharmacie.
 

Gaël : J’aimerais revenir sur le fait que des personnes sortent du jeu de la pharmacie, car aujourd’hui, si vous êtes pharmacienne, seule dans votre officine et que vous êtes enceinte, comment faites — vous ?

Ça devient très compliqué de faire tourner son officine aujourd’hui et on peut régler ce problème en ayant plus de personnel formé. Dans certains déserts médicaux, les officines veulent vendre, mais elles n’y arrivent pas et donc des pharmacies ferment.

Ça ne donne pas envie aux jeunes. 

Mais il serait intéressant grâce aux VAE et aux DES de pouvoir changer de métiers, d’aller d’industrie à officine, ou biologie, etc.


 

Un autre point évoqué par l’ordre est d’accepter les diplômes européens. Qu’en est-il ?

Gaël : Aujourd’hui les textes ont été changés et définissent les procédures pour accueillir des étudiants de l’Union européenne et non européens. Pour ceux de l’Union européenne, c’est relativement simple. Pour les non européens, il faut passer par le système PASS / LAS. Et ensuite nous avons une assez grande latitude pour les réinjecter dans les bons niveaux.

Après tous les pays n’ont pas les mêmes niveaux d’études.
 

Guillaume : On ne peut pas faire de généralités et il faut s’adapter au pays de provenance, au niveau d’étude de l’étudiant, etc.

La pharmacie n’est pas homogène dans le monde aujourd’hui, et le principal est d’assurer la sécurité pharmaceutique.

 

 

Quelle est votre vision de la pharmacie ? Et comment garder l’attractivité sur le métier de pharmacien ?

Guillaume : L’année dernière en section D on a eu + 1,6 % d’inscription. Donc sur le marché de l’emploi on a peut-être moins de pharmacien, mais pas de pharmacien adjoint.

Mais ce qu’il faut savoir, c’est que l’on doit travailler sur comment on garde un pharmacien adjoint dans les officines. Et pour ça, il faut pouvoir leur proposer des projets, un plan de carrière (pas seulement financier), des activités mixtes, etc.

 

Pour vous donner mon exemple : il y a une offre d’emploi dans une pharmacie à 5 minutes de chez moi, mais je préfère aller travailler dans une pharmacie à 1 h 15 de chez moi, qui est dans un désert médical, car l’officine m’intéresse. J’ai été intégré à la CPTS, j’ai l’opportunité de faire de l’enseignement, on fait de la recherche en soin primaire, on a une politique RSE (humain, environnement, contexte) et ça, c’est des éléments sur lesquels il faut travailler.

 

Il est important que les titulaires travaillent sur eux et sur l’attractivité de leur offre, des missions.

Aujourd’hui, beaucoup de pharmaciens me disent : oui, on aimerait bien mettre en place de nouvelles missions, faire faire des entretiens, des accompagnements à nos adjoints, mais on n’a pas le temps.

Mais le temps, il y en a, mais comment on l’économise, on le priorise sur de la plus-value pharmaceutique ? 

Dans mon officine, on ne gère pas le tiers payant, ni les factures, réclamations, etc. D’autres personnes le font très bien et on peut se concentrer sur son cœur de métier.

Comment change-t-on notre façon de travailler ? Comment réduit on à néant les tâches administratives et non pharmaceutiques au profit de tâches pharmaceutiques, démarche qualité, etc. ?

Ce sont des éléments sur lesquels il faut travailler et capitaliser. C’est comme ça que l’on va maintenir l’attractivité de notre métier et s’adapter aux nouvelles générations.

Gardons cette vectorisation de vocation, mais essayons d’économiser les ressources que l’on a et d’améliorer la qualité au travail de ces ressources.

 

Gaël : Je rejoins ce que dis Guillaume, si on veut continuer à attirer les gens il faut leur donner un métier qui leur plaise.

Dans la pharmacie hospitalière, on a déjà fait notre chemin, cette remise en question. Le métier attire donc plus.

 

Je suis pessimiste, mais cette année on a pris 1100 étudiants en moins, si on fait ça plusieurs années de suite, ça fait sauter la profession. On ne va plus trouver d’officine dans les déserts médicaux, donc il va falloir trouver une autre façon de distribuer les médicaments, car on ne peut pas faire faire 70 km au patient.

J’ai un peu peur que si on ne change pas, que l’on fasse sauter la pharmacie sans savoir ce que l’on va proposer.

On a investi beaucoup dans les missions autour du patient, et ils sont contents, ils ont besoin de nous. 

Mais là, tout le système de santé est en train d’exploser. Il faut ramener des étudiants chez nous.

Désolé pour ce point un peu triste.
 

Guillaume : Le tout est d’en être conscient et je suis content que le président de la conférence des doyens en soit conscient et veuille agir. C’est un problème du système de recrutement, l’attractivité et la visibilité ne sont pas moins bonnes qu’avant la crise sanitaire.

Donc comment arrive-t-on à capitaliser sur les gens qui souhaitent faire le métier ?

 

Gaël : Il faut aussi tenir compte de la pénurie des préparateurs en pharmacie. Heureusement, le métier a été valorisé grâce au DEUST et j’encourage les étudiants à faire la licence 3. J’ai bientôt plus de DEUST que de pharmacie et ça montre que de passer par parcoursup directement c’est plus efficace.

D’ailleurs, la procédure passerelle est ouverte aux préparateurs en pharmacie et quand on les sélectionne bien, ça se passe très bien.

 

Aujourd’hui, c’est rendre les choses plus facile et visible pour l’étudiant et qu’il se projette plus facilement sur ce qu’il va faire.

Le but n’est pas de supprimer PASS LAS, mais de l’améliorer.

Un oral pourrait être mis en place à l’entrée dans la faculté pour comprendre les motivations de l’étudiant.


 

FAQ :

Pourquoi ne pas faire de passerelle pour les autres professionnels ou étudiants ?

 

Gaël : Elles sont ouvertes à tous, mais cela peut prendre plus de temps. Car il n’est pas facile de rentrer en troisième année de pharmacie après histoire de l’art par exemple.

 

Qu’en est-il des cours de management, gestion, stratégie, communication, etc. ?


Gaël : Ça fait partie des réponses que l’on a eues quand on a travaillé sur les blocs de compétences. On a identifié que cette compétence n’existait pas et elle va être intégrée. Car il faut apprendre à manager, gérer des stocks, des flux, etc. Donc certaines compétences seront moins enseignées et d’autres plus.
Je fais la chasse aux heures pour diminuer la charge horaire des étudiants, parce qu’on est tous passionnés de ce que l’on fait.
Notre cœur de métier c’est l’officinal, et les patients ont besoin de nous. Si l’officinal disparaît, tout disparaît.

Guillaume : aujourd’hui le métier s’est transformé et on a besoin de nouvelles compétences. La transformation doit s’adapter. Comment  arrive-t-on à adapter les enseignements universitaires, sans en faire des programmes à rallonge qui risque de créer des burnouts ? Il peut être nécessaire d’intégrer des pharmaciens d’officines dans les facs pour parler du métier.

Thibault : Intégrer des enseignants qui ne viennent pas que de la pharmacie, peut aussi amener une autre vision, une autre lecture du monde de l’entreprise. Ce qui peut être intéressant pour des étudiants qui sont globalement regroupés entre étudiants de filière santé.
 

 

Comment motiver un titulaire à mettre en place une démarche qualité et quels arguments mettre en avant ?


Guillaume : Si une pharmacie ne met pas en place une démarche qualité avant fin 2022, il perdra sa Rémunération sur Objectif de Santé (ROSP)


 

Pourquoi ne pas intégrer la psychologie pour mieux comprendre le patient au comptoir ?

 

Gaël : C’est ce que l’on est en train de faire avec les exercices de simulations. Les étudiants en pharmacie pratiquent avec des médecins, des infirmiers et on fait tous venir des patients témoins pour qu’ils échangent. On est vraiment parti sur ce chemin, la perception du patient pour sortir du technique (vous en prendrez un matin, midi et soir).

Guillaume : Parfois, il ne faut pas tout attendre de l’université et penser à la formation continue. Les plans de formation en officine sont moindres. Il faut construire une politique de formation de qualité. Parfois ça permet de retrouver du sens à son métier, mettre en place de nouvelles choses dans l’officine, etc. La formation c’est tout au long de sa vie.


 

Le mot de la fin…

Gaël : Je pense qu’on est tous sur le même axe et qu’il faut travailler main dans la main. La formation continue est importante, il faut la faire. Elle permet de faire évoluer nos formations. On fait une erreur par rapport à d’autres écoles, il faut qu’il y ait une interaction permanente avec les différents métiers, les industriels, les officinaux, et que tout le monde échange sur comment faire évoluer le métier avec des débats riches.

Aujourd’hui, nous sommes les seuls à offrir une telle formation dans le monde, mais il faut la faire évoluer.
 

Guillaume : Pour moi, le mot de la fin, ça serait la curiosité. Il faut susciter la curiosité chez les jeunes et la conserver chez ceux qui sont en poste. Car si on perd la curiosité, on perd l’intérêt pour son métier.


 

Retrouver le replay du live sur YouTube.


 

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